La technologie : une source d’inspiration pour la durabilité

La durabilité ne se limite pas à l’écologie, et la technologie ne se résume pas à l’IA. Nous explorons ici les rêves, les visions et les sources d’inspiration liées à l’usage de la technologie, ainsi que le rôle des marketers au service d’objectifs de durabilité variés.

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Affirmer que la technologie et les progrès qui l’accompagnent sont en partie responsables des maux écologiques (et d’autres dérives) revient à enfoncer une porte ouverte. Paradoxalement, la technologie peut aussi contribuer à un véritable changement de cap et jouer un rôle déterminant dans la réalisation des objectifs de développement durable. Le product marketer Carl De Mey a interrogé quatre penseurs et acteurs engagés pour recueillir leur vision : la facilitatrice de transition Dorothy Mingneau, Jan Vanalphen (AI Advisory Lead chez Faktion), Arne Van Balen (partner chez Board Of Innovation) et Thomas Waegemans (stratège produit).

La première partie s’intéresse au monde durable dont ils rêvent.

Dans vos rêves concernant l’avenir, quel rôle de premier plan la technologie jouerait-elle pour rendre le monde plus durable ?

Dorothy Mingneau : « J’aimerais que la technologie puisse nous guider, consciemment ou inconsciemment, vers des comportements plus responsables et des choix plus vertueux. Aujourd’hui, nos comportements d’achat sont pilotés par des algorithmes extrêmement performants. “Dorothy aime le bleu, elle achète toujours des pantalons longs, donc on lui propose des pantalons longs bleus.” Ce serait formidable si cette technologie pouvait nous orienter, dans tous nos actes, vers de meilleures décisions, de manière à nous rendre pleinement conscients de nos choix. Une sorte d’algorithme conçu pour le bien commun. »

Jan Vanalphen : « Vous faites bien de parler de rêve, car le potentiel n’est pas toujours synonyme de réalité. Je pense évidemment à l’IA, une technologie qui permet d’envisager énormément de bienfaits, mais aussi beaucoup de mal. Si je devais rêver, ce serait d’un monde marqué par l’égalité et un accès équitable aux opportunités. Aujourd’hui, le monde est un immense chaos, traversé par de nombreux conflits. Selon moi, la plupart de ces conflits trouvent leur origine dans l’inégalité des chances. La technologie pourrait contribuer à réduire ces inégalités, qu’il s’agisse de l’accès à l’éducation, à la technologie elle-même, aux réseaux ou au savoir. Faciliter l’accès à l’innovation aiderait véritablement à combler ces écarts. »

Arne Van Balen :  « Je suis de nature optimiste, et j’ai même été formé à le devenir encore davantage. Je considère l’IA comme une nouvelle révolution industrielle, qui aura un impact considérable sur la nature des emplois que nous exercerons, plutôt que de les supprimer. Si elle est utilisée à bon escient, l’IA pourra prendre en charge toutes les tâches répétitives et mentalement épuisantes. En outre, elle permettra d’accomplir rapidement des choses qui étaient jusque-là impossibles. Comme l’IA atteint une vitesse d’exécution qui dépasse celle de l’humain, elle compense ainsi nos limites et nos faiblesses. »

 

Thomas Waegemans : « Pour moi, il s’agirait d’une société où le gaspillage aurait totalement disparu et où la nature serait entièrement régénérée. Il s’agit avant tout des besoins énergétiques, qui seraient entièrement couverts par des sources propres et abordables. Si je devais illustrer cette vision, j’imaginerais des maisons dont chaque toit serait équipé de panneaux solaires, des façades urbaines intégrant de petites éoliennes, et des batteries intelligentes permettant de stocker et de partager l’énergie. J’imagine aussi un monde où chacun serait protégé, même en cas de coupure du réseau, grâce à une autonomie suffisante et à une utilisation juste et optimale de la nature, sans exploitation abusive. La technologie pourrait également aider à prévoir et à éviter les catastrophes naturelles. Ainsi, la vulnérabilité des individus disparaîtrait, ce qui rejoindrait directement la dimension sociale des objectifs de durabilité. »

 

Lorsque l’on pense à la durabilité, on évoque d’abord l’environnement et le climat. Pourtant, elle englobe également la santé, l’éducation et l’égalité. Comment envisagez-vous ces aspects ? Et selon vous, où la technologie peut-elle vraiment faire la différence sur ces points ?

Dorothy Mingneau : « À mes yeux, la technologie doit jouer un rôle accru dans trois grandes luttes : contre les inégalités, contre la pauvreté et contre le gaspillage. Des plateformes comme Too Good To Go s’attaquent déjà au gaspillage, mais il existe encore de nombreuses possibilités, notamment grâce à l’étiquetage intelligent en magasin. Pour ce qui est de l’accès inégal aux soins, il faudrait y remédier en rendant des technologies simples disponibles là où elles sont le plus nécessaires. Consultations, diagnostics, traitements et expertise pourraient être réalisés à distance et partagés à l’échelle mondiale. Il reste une marge de progression importante. »

Jan Vanalphen :  « Nous pourrions déployer l’IA à grande échelle afin d’améliorer les conditions de travail. Aujourd’hui, elle est principalement utilisée pour automatiser, mais “l’augmentation” (l’amélioration des capacités humaines) pourrait avoir un impact bien plus important. Il s’agirait de moins se concentrer sur le retour sur investissement individuel, encore à démontrer, et davantage sur la prise de décisions plus éclairées, la rédaction, l’analyse et les rapports de meilleure qualité. Il s’agirait aussi d’offrir un accès élargi aux soins, sans nécessairement passer par les circuits traditionnels. Les marques ont un rôle clé à jouer, et certaines s’y engagent déjà. Pensez, par exemple, à la lutte contre l’obésité : certains centres de fitness collectent des biomarqueurs afin d’offrir un accompagnement personnalisé à leurs clients. »

Arne Van Balen : « Je pense surtout au domaine de la santé et du bien-être, grâce aux progrès pharmaceutiques et aux vaccins, où l’IA joue un rôle essentiel en accélérant la recherche et les tests. La technologie a également un rôle à jouer dans l’agriculture régénérative, dans l’accès à une énergie propre et abordable, ainsi que dans l’amélioration de la qualité de l’eau. Grâce à l’usage croissant de capteurs, il est désormais possible de contrôler la qualité de l’eau en temps réel et de réagir immédiatement en cas de contamination. Tous ces sujets sont liés : en fournissant une énergie abordable partout, il devient possible de créer de petites stations d’épuration automatisées, pilotées par ces capteurs. »

Thomas Waegemans : « Pour moi, la durabilité est indissociable de l’ensemble des objectifs de développement, mais elle est avant tout liée à l’inclusion sociale. Je pense à l’égalité d’accès aux soins, à l’éducation et aux opportunités économiques. La technologie peut véritablement servir de levier. En matière d’éducation, elle permet de développer des plateformes d’apprentissage personnalisées, afin que chaque enfant progresse à son rythme. L’essence même de l’éducation – aider à apprendre – pourrait ainsi être considérablement renforcée.
Je pense également aux soins de santé de base pour tous, ainsi qu’à la télémédecine “low-tech” qui peut y contribuer. Enfin, sur le plan économique, des solutions fintech peuvent soutenir des individus et des entrepreneurs partout dans le monde grâce à des microcrédits ou à des assurances. On peut ainsi offrir un accès réellement équitable à ces opportunités. »

A propos de Carl De Mey

Carl De Mey est responsable du marketing produit chez Symeta Hybrid, une filiale du Colruyt Group. Il a travaillé pendant plus de 20 ans dans des agences telles que These Days (VML), Famous (AKQA), Boondoggle et Accenture Song, où il a piloté des campagnes, des projets digitaux d’envergure et des missions de service design. Il a une passion pour la simplification de ce qui est complexe, au service de grandes comme de petites marques. Carl est impliqué depuis le début dans le BAM Sustainability Think Tank.