Le Branding en 2030 : de la promesse au pacte
Pendant plus d'un siècle, le branding a servi à différencier, séduire, rassurer. Une mécanique au service de la consommation. A l’horizon 2030, cette approche superficielle est obsolète. Les marques ne peuvent plus se contenter de raconter une histoire. Elles doivent désormais assumer un rôle.
De l'image à l'implication
Pendant plus d'un siècle, le branding a servi à différencier, séduire, rassurer. Des logos, des univers de marque des slogans, des récits calibrés... une belle mécanique au service de la consommation. Mais à l’horizon 2030, cette approche linéaire et superficielle semble de plus en plus obsolète. Crise climatique, fatigue publicitaire, effondrement de la confiance, accélération des transitions : les marques ne peuvent plus se contenter de raconter une histoire. Elles doivent désormais assumer un rôle.
Le penseur le plus influent du marketing
La première édition de la bible du marketing, « Marketing et Management » de Philip Kotler date de 1967.16 éditions l’ont suivie. Première définition du branding en 2009 Cette définition n’a pas changé jusqu’en… 2021, dernière édition de la « bible ».: « Le branding est le processus qui consiste à doter des produits et des services de la puissance d’une marque. Il s’agit essentiellement de créer des différences entre les produits. »
« La puissance » d’une marque dépasse le simple produit :
- reconnaissance immédiate (Coca-Cola, Apple)
- crédibilité et confiance (Michelin, Nivea)
- préférence affective ou statutaire ( Chanel, Gucci)
- capacité à justifier un prix plus élevé (Rolex vs. montre générique)
- fidélité durable (Lego, Nike)
- effet de halo sur d’autres produits de la même marque
Le processus du branding, défini au fil des éditions, n’est pas seulement un logo ou, une campagne publicitaire. C’est un travail de fond, progressif et stratégique :
- définir l’essence de la marque (promesse, mission, vision, valeurs)
- positionner la marque
- créer des éléments identitaires distinctifs (nom, logo, design, slogan, ton de voix, )
- déployer la marque à travers toutes ses expériences
- entretenir la cohérence et la pertinence
L’objectif est basique : créer de la valeur
- créer une relation durable avec les clients
- générer une valeur financière
- renforcer la compétitivité
- permettre l’extension de marque
- réduire la sensibilité au prix
Le monde n’a pas lu Kotler
« Nous voulions changer le monde, nous avons choisi le télé-achat. » Stephen King dit tout : le marketing a décroché du monde qu’il prétend servir.
Face aux nouveaux défis (perte de confiance, urgence écologique, quête de sens, rôle sociétal des marques, fragmentation des audiences, conciliation de valeurs individuelles et dynamique collective) ... des experts ont repensé la définition du branding:
Byron Sharp (2020)
« L'image de marque consiste à créer une disponibilité mentale et physique. »
Seth Godin (2020),
« Une marque, c’est l’ensemble des attentes, souvenirs, récits et relations qui influencent la décision du consommateur. »
David Aaker (2021)
« Une marque est plus qu’un nom ou un logo : c’est un réseau d’associations mentales qui représente une promesse de valeur »: le branding comme création de sens et d’engagement sociétal.
Ana Andjelic 2021)
« Les marques reflètent la culture contemporaine, incarnent un style de vie, des valeurs esthétiques et des récits sociaux. Elles ne vendent pas simplement des produits. »
Nikki Trott (2025)
« En 2025, l'image de marque est l'art de la cohérence énergétique - l'expression de l'âme d'une entreprise d'une manière qui crée une résonance profonde, un succès florissant et une confiance durable. Cela vient de la transition des dirigeants eux-mêmes, de l'intérieur, conduit à fédérer une communauté, d'activer une mission partagée et de créer un mouvement plus grand que l'entreprise elle-même. »
Des promesses aux preuves : que veulent les citoyens ?
L’étude Meaningful Brands de Havas nous aide à mieux comprendre les attentes des citoyens (dernière édition, mai 2024) :
- « Pour 63 %, les entreprises et les marques devraient m'aider à économiser plus d'argent et de temps. »
- « 73 % veulent que les marques fassent preuve de soutien, d'humanité et de générosité à l'égard des personnes en période de crise. »
- « 72 % en ont assez des marques qui prétendent vouloir aider la société alors qu'elles ne cherchent qu'à faire de l'argent. »
- « Pour 54 %, les entreprises/marques devraient moins se concentrer sur la vente de produits et de services et davantage sur l'accompagnement de leurs clients. »
- « Pour 68 %, les entreprises et les marques ont le pouvoir et la responsabilité de contribuer à la résolution de certains problèmes mondiaux. »
Mais surtout : « 74 % des marques pourraient disparaître aujourd’hui sans que personne ne s’en émeuve. » Un rappel drastique du constat central du rapport :
- la grande majorité des marques restent insignifiantes aux yeux des consommateurs.
- Seules celles qui créent unimpact positif réel et émotionnel peuvent espérer sortir de l’anonymat.
- Les marques « meaningful sont fonctionnelles, personnelles et collectives
Une marque ne se « positionne » plus, elle s'implique
Nous voulions changer le monde mais c’est le monde qui nous a changé : les citoyens exigent des actes, pas des slogans. Ils veulent des preuves, pas des promesses. Surinformés, exposés à une inflation de discours de marques, ils changent l'équation: le branding devient une affaire de consistance, de relation, de preuve d'engagement moral et opérationnel. La marque cesse d'être une étiquette pour devenir une structure vivante, agissante, capable de jouer un rôle social, culturel, environnemental.
La pyramide d’engagement de marque : cinq fonctions pour changer d’échelle

La pyramide d’engagement propose une lecture en cinq niveaux du rôle d'une marque :
1. Outil de culture :
La marque incarne une vision du monde et une culture interne. Elle sert de boussole – morale et en général- aux stakeholders et aux collaborateurs en particulier, de mémoire vivante, de lien d'appartenance.
2. Outil de transition :
Elle donne des repères dans les changements à l'œuvre, qu'ils soient écologiques, technologiques ou sociétaux.. Elle rythme le mouvement, elle ne le subit pas. Elle accompagne les transitions.
3. Réponse à des besoins :
Elle fournit une utilité concrète, tangible, pragmatique. Un produit ou un service réellement pertinent, utile, accessible.
4. Mise en relation :
Elle relie les individus, les communautés et les causes. Elle devient un catalyseur de lien, de conversation, de solidarité.
5. Bien privé et commun :
Elle contribue à des formes de valeur collectives, en s'inscrivant dans une logique de contribution plus que de conquête. Elle s’incrit dans la valeur partagée : profit finacier et profit sociétal
Plus on monte, plus la marque devient actrice systémique, à la fois utile, relationnelle, mobilisatrice et politique. Et moins elle est "fabricable" par une campagne. Le branding cesse d'être un geste créatif d'agence ; il devient un acte de responsabilité organisée.
En 2030, une marque utile sera...
- Opérationnelle et systémique
Elle agira dans l'économie réelle : emplois, empreinte carbone, chaînes d'approvisionnement courtes, accessibilité tarifaire, inclusion des publics fragilisés. Elle assumera ses externalités, qu'elles soient environnementales, sociales ou culturelles.
On attendra d'elle qu'elle prouve, pas qu'elle promette.
La marque opérationnelle sera celle qui transforme ses valeurs en actions concrètes, vérifiables, audibles. Elle tiendra sa promesse jusque dans ses actes de gestion, ses produits, ses partenariats.
- Lisible et relationnelle
Elle dialoguera avec transparence, rendra des comptes, ouvrira des canaux de discussion authentiques. Elle ne fuira pas le débat, elle l'accueillera. Elle construira des relations durables, à contre-courant de la volatilité marchande.
Elle n'existera pas seulement sur les réseaux : elle habitera le réel.
La marque relationnelle ne parlera pas à ses publics, mais avec eux. Elle deviendra un espace d'échange, un territoire d'expériences partagées.
- Culturelle et mobilisatrice
Elle prendra place dans les imaginaires, pas pour inspirer de façon abstraite, mais pour mettre en mouvement. Elle contribuera à façonner des récits collectifs, à nourrir des débats de société, à faire exister des alternatives, à prendre sa place dans les transitions en cours..
Elle deviendra un levier de transition collective.
Par ses choix moraux, esthétiques, ses valeurs, ses gestes publics, elle créera du sens. Une marque culturelle ne se contente pas de refléter son époque, elle la travaille.
- Réparable et responsable
Elle saura reconnaître ses erreurs, réparer, apprendre publiquement. Elle ne prétendra pas être parfaite, mais vivante, vulnérable, évolutive. Elle adoptera une posture d'humilité active.
En 2030, la sincérité primera sur la maîtrise.
Les marques les plus puissantes ne seront pas les plus lisses, mais les plus humaines.
Le pacte plutôt que la promesse
Le branding en 2030 quittera le terrain de l'image pour celui du pacte actif. Il ne suffira plus de créer de l'adhésion symbolique : il faudra mériter la confiance, éprouver sa valeur sur le terrain, et assumer sa part dans les transitions à l'œuvre. La marque ne sera plus une signature ; elle deviendra un acteur, une dynamique, un repère collectif et opérationnel.
Les marques utiles de demain ? Celles qui, dès aujourd’hui, savent articuler culture, impact et engagement réel. Elles seront les nouvelles institutions symboliques d'une époque en réinvention. Ni neutres, ni surplombantes : inscrites, impliquées, actives. En somme, des forces culturelles autant qu'économiques. Des partenaires de transition.
En 2030, le branding ne sera pas mort. Il aura changé d'échelle, de ton, de mission. Il ne s'agira plus de faire croire, mais de faire évoluer.
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A propos d'Alain Mayné
Alain Mayné is branding and business transition strategist. Nicknamed “the philosopher of marketing”, he is passionate about economic, sociological, technological, political and societal mutations and the changes they impose on our society model as well as the role brands and we all need to play there. He puts these deep interests at the service of the paradigm shift to which brands, businesses, governments, institutions, citizens and actors must respond through, at least, positive impact.
Branding, in a new approach, can be a powerful transformative tool for developing new behavior and the promotion of a new society model. Without timely change of direction, future generations will, for the first time, see their living conditions at a lower level than those of their elders. It's up to us from all generations – digital natives or not- to make sure this doesn't happen.
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