Le coronavirus n’arrête pas les start-ups
Vous pensez que tout le monde serre les cordons de la bourse en temps de crise ? Détrompez-vous et faites la connaissance de trois start-ups qui ont su tirer profit de la crise.
Un tour de table de 10 millions, l’acquisition d’un concurrent majeur, une injection supplémentaire de 1 million… Il semble que nous soyons encore en 2019. Mais ces informations datent d’il y a quelques semaines, lorsque la tempête du coronavirus atteignait son paroxysme. Plus étonnant encore : elles concernent des start-ups. Des entreprises qui n’existent que depuis quelques années et qui suivent un plan de croissance dont l’issue est parfois incertaine.
Une preuve de plus que la crise, aussi menaçante soit-elle, peut aussi être une source d’opportunités. C’est en tout cas ainsi que le voit Nicolas Finet, cofondateur de Sortlist. « Ces dernières semaines, nos activités se sont littéralement envolées, constate-t-il. Nous pensons que cette accélération est liée au fait que les entreprises s’interrogent sur la façon de réagir à cette nouvelle situation. Elles cherchent en hâte un partenaire pouvant les aider en matière d’e-commerce ou pour améliorer leur visibilité sur Google, et viennent frapper à notre porte. » Sortlist offre en effet aux entreprises une vue d’ensemble des prestataires de services marketing et TIC. « Une deuxième raison est la volonté des grosses entreprises d’optimiser leurs dépenses marketing, ajoute Finet. Elles veulent en avoir plus pour leur argent et choisissent donc des spécialistes, qu’elles contactent directement, au lieu de passer par leur agence généraliste. »
Onboarding annulé
La grande nouvelle de ces dernières semaines concernant Sortlist est le rachat, en pleine crise sanitaire, de son concurrent allemand Agenturmatching. « Une entreprise avec une riche histoire, indique Nicolas Finet. Ces dernières années, Sortlist a investi le marché européen. Nous étions déjà actifs en Espagne, en France et aux Pays-Bas et nous voulions entrer sur le marché allemand en 2019. Nous menions depuis un certain temps des discussions avec des dirigeants d’Agenturmatching, mais nous peinions à les convaincre qu’il valait mieux unir nos forces pour construire un grand groupe européen. C’est pourquoi nous avions nous-mêmes commencé des activités en Allemagne. »
Le contrat a été signé dans la semaine précédant le début du confinement. « Toute l’équipe devait passer une semaine à Bruxelles pour l’onboarding, mais nous avons dû annuler. » Depuis, l’intégration d’Agenturmatching se déroulement entièrement à distance. « Mais tout marche à merveille, rassure Finet. Comme ce sont eux aussi des entrepreneurs, cela facilite les choses. »
À peine deux semaines de retard
Un bel exploit, mais qui est encore surpassé par celui réalisé par D-Aim, l’ancien Inbox, spécialiste de l’utilisation de l’IA à des fins de marketing. Le groupe d’origine française, qui est également fortement ancré en Belgique, a levé pas moins de 10 millions d’euros de capitaux frais. Ici encore, l’aventure a bien entendu commencé avant le confinement. « Après notre premier tour de table de 1,5 million d’euros il y a trois ans, nous avons élargi notre département R&D à 30 personnes, déclare le CEO Stéphane Amarsy. Nous avions alors déjà l’intention d’organiser un second tour pour continuer à soutenir le développement de nos logiciels, qui représentent aujourd’hui 85 % de notre chiffre d’affaires. C’est ce que prévoyait notre feuille de route. Nous avions également besoin de capitaux frais pour investir de nouveaux marchés. »
Alors que la déclaration d’intention entre les quatre investisseurs remonte à la fin décembre 2019, le Covid-19 est venu mettre des bâtons dans les roues au moment de finaliser la due diligence. « Malgré l’implication de quatre fonds d’investissement, nous n’avons eu que deux semaines de retard dans la signature du contrat, se félicite Amarsy. Celui s’expliquait par les difficultés rencontrées par les avocats pour poursuivre leurs activités au début du confinement. »
Une visibilité accrue
Les quatre investisseurs n’ont donc pas du tout remis en question leur participation. Stéphane Amarsy pointe d’ailleurs un effet secondaire positif : « Il y a eu moins d’annonces de tours de table ces derniers mois. Grâce à cela, le nôtre a attiré l’attention de plusieurs intéressés. »
Tout comme Sortlist, D-Aim a constaté une augmentation du nombre de commandes. L’IA est donc également populaire auprès des marketers qui remettent tout en question.
Bien se connaître
Une popularité qui est encore plus grande chez Piximate. Ce spécialiste de l’analyse d’images travaille principalement pour le commerce de détail et a développé, lors du déconfinement, un produit spécifique qui permet de limiter automatiquement le nombre de clients dans un magasin. Piximate Safe est notamment utilisé par Färm.
Piximate a, lui aussi, réussi à boucler un tour de table en pleine crise sanitaire (pour un montant de 1 million). « Nous y travaillions depuis janvier, précise la CEO Laure Uytdenhoef. Et nous avons eu la chance que nos investisseurs existants veuillent à nouveau participer. Nous avons également cherché de nouveaux investisseurs, mais ils ont été découragés par le fait que nous travaillions pour le secteur du commerce de détail, qui a dû fermer les portes juste à ce moment-là. C’est compréhensible. »
La leçon la plus importante est sans doute celle-ci : il faut bien se connaître avant de prendre un nouvel engagement en pleine crise. Lorsque c’est le cas, un investisseur est capable de porter son regard au-delà de la période de crise pour envisager le potentiel à long terme. Voilà un conseil précieux pour les start-ups en quête de fonds supplémentaires pour réaliser leur feuille de route…